En revenant d'une tournée dans les villages avec Maguy, j'ai voulu photographier une école.
Nous étions assez loin, mais une voiture se repère vite et les maîtres nous ont invitées à nous approcher et visiter leurs classes ; ce que nous avons fait avec plaisir.
Trois classes : petits, moyens, grands.
Les enfants ouvrent des yeux ronds ; ils se lèvent dans un bel ensemble et se tiennent immobiles et silencieux ! Pourtant ils sont nombreux sous la paillote !
Maguy leur demande de chanter la chanson EVA (Education à la Vie à l'Amour) du programme de prévention du sida qu'elle a mis en place et qu'elle anime sur le district.
Maguy se rend tous les samedis matin à Koumra, chef-lieu du département du Mandoul oriental. Elle y tient , à l'hôpital, une consultation pour les diabétiques. Le diabète de type 2 est un fléau au
Tchad et Maguy déplore les ravages de cette "épidémie". Elle le rappelle chaque fois qu'on nous sert le thé qui est très (trop) sucré.
Nous l'accompagnons tôt le matin ; il faut une heure de route environ : d'abord la piste défoncée jusqu'au chantier de la route qui avance à toute allure.
Le bureau de Maguy à Koumra
Koumra est un gros bourg commerçant qui compte un grande proportion de musulmans du Nord qui peu à peu se sédentarisent.
Pendant que Maguy travaille, nous visitons le magnifique centre culturel de Champagnat, (du nom du fondateur de l'Institut des maristes, Macellin Champagnat, canonisé en 1999), et
construit grâce aux dons du pays basque. Il est immense, parfaitement bien conçu, bien isolé, bien ventilé, décoré de fresques et équipé d'une grande surface de panneaux photovoltaïques.
Les étudiants, les lycéens, les associations sportives et culturelles s'y retrouvent : bibliothèque, salle informatique, salle de spectacles, terrains de sports, tout y est, c'est
impressionnant !
La salle de spectacles, décorée par une artiste espagnole
Pas d'électricité en ville mais des antennes et des portables ; alors comment les recharge-t-on ?
Au centre culturel bien sûr !!
Nous partons ensuite à la recherche de le famille de Bertin, l'artisan qui fournissait l'association en objets sculptés et pochoirs. ll est décédé au printemps mais ses fils ont
pris la suite. Nous leur commandons des girafes et des éléphants ainsi que quelques pochoirs que nous viendrons chercher le samedi suivant.
Un tout petit atelier de fortune !
Toujours les enfants...
Cette belle allée ombragée nous conduit chez les soeurs où nous avons rendez-vous avec Maguy pour le déjeuner.
La semaine suivante, nous prenons livraison de notre commande mais il faut être patient et attendre les finitions. Ce n'est pourtant pas le personnel qui manque !
ils ont de l'humour les fils Bertin dans leur représentation de la femme africaine !!
Vous connaissez maintenant un peu mieux les quatre centres de santé gérés par l'équipe sanitaire et les bénévoles de l'APSVT.
II reste cependant tant à dire sur ce que nous avons vu et fait pendant ce voyage. Tant d'images, de scènes, de rencontres, de moments difficiles, graves, et d'autres
joyeux, légers, fous rires, discussions, dans le parfum des manguiers en fleur, au milieu du cri des animaux (domestiques) toujours présents.
Maguy a beaucoup de choses à raconter, d'innombrables souvenirs à partager : trente ans d'une vie d'une richesse inouïe, difficile, douloureuse, vécue au service des Tchadiens.
Ils lui ont donné un nom magnifique : Madrom, celle qui a tout donné, et ce nom, nous l'avons
entendu prononcer plusieurs fois .
Les enregistrements que nous avons faits ne reflètent malheureusement qu'une petite partie de ce trésor.
Maguy, malgré la fatigue, les années qui pèsent, les soucis, s'émerveillera toujours de la naissance d'un enfant , même si elle a dû se lever à deux heures du matin pour évacuer la maman
qui finalement accouchera sur la route, dans le Toyota ... Elle volera toujours au secours malgré le doute, la fatigue, le découragement.
Maguy aime les arbres et sa concession est protégée par ceux qu'elle a semés ou plantés : ils sont impressionnants par leur taille ; celui qu'elle préfère est le karité dont les fleurs
parfumées s'épanouissent en décembre ; sous les feuillages, sa modeste case en paraît d'autant plus minuscule.
Nous avons passé, dans sa concession, où nous nous retrouvions pour le repas, de belles soirées à l'écouter évoquer ses souvenirs, d' innombrables anecdotes parfois très drôles, des
souvenirs douloureux... pendant que le crapaud venait gober, au pied de la porte, les insectes qui, attirés par la lumière, se cognaient contre la tôle.
Clément nous a fait cadeau d'une courge et d'un coq
A Péni, sur la grand route se tient, tous les mardis, un grand marché que l'on désigne, selon un procédé stylistique bien connu des élèves de première, non d'après le lieu comme on pourrait s'y
attendre mais d'après le jour de sa tenue. Ainsi, si ce jour-là, vous allez dans les villages pour demander un tel, vous "l'absenterez" et on vous dira : il est à "mardi" .
C'est cela le français d'Afrique : une langue bien vivante et très créative !
Passantes sur la route, à "mardi"
Maguy et Peter à la recherche d'huile pour le Toyota !
Le centre de Péni est construit sur un vaste terrain clôturé, à l'écart de la route.
L'accueil se fait sous le vaste porche à l'ombre d'arbres magnifiques dont j'ai, bien entendu, oublié le nom. Le mamans sont fières de se faire photographier avec leur bébé et moi je ne me
lasse pas de les admirer.
Ce centre, situé à une dizaine de kilomètres de Békamba, non loin de la grand route en cours de construction, a été construit en1993.
Nous nous y sommes retrouvés, avec tous les chefs de centre, pour la traditionnelle réunion collégiale où ont été évoqués, bien sûr, les questions financières, (augmentation des salaires qui
doivent s'aligner sur ceux du public qui ont été récemment augmentés), les différents problèmes de fonctionnement, les travaux de rénovation à prévoir pour les deux centres les plus
anciens, soit Békamba et Péni, le renouvellement du parc des motos qui sont en bout de course.
Tout le monde est conscient des difficultés du moment liées en partie, mais en partie seulement, à la crise mondiale ; on ne peut que souhaiter que l'APSVT tchadienne se mette à
exister autrement que sur le papier.
Moudjangar, chef du centre
NGarta, employé aux écritures
Narcisse, à gauche, infirmier, (Marangar est en remplacement à Bangoul) et Edmond, manoeuvre
Nous commençons notre tournée des autres dispensaires par Bangoul où nous sommes accueillis par Thérèse (à gauche), la sage-femme et Albertine (à droite), la matrone ;
Jacques, l'époux de Thérèse et chef de centre est en vacances. Nous le rencontrerons plus tard.
Nous passons un bon moment dans la concession, buvant le traditionnel thé sucré. Maguy nous parle longuement du traitement du paludisme et des docteurs tchoukou (?), les
charlatans qui profitent de la crédulité des villageois et leur font beaucoup de tort.
Ci-dessus : Le centre de Bangoul
Ci- dessous : Jacques et Marangar (à droite) qui travaille à Péni mais qui remplace Jacques le temps de ses congés
Quelques jours plus tard, nous revenons à Bangoul pour participer à une importante réunion avec les représentants des comités de santé. Question en suspens depuis longtemps : doit-on fermer ce
centre qui n'a pas une activité suffisante ?
La réunion se déroule à l'ombre hospitalière d'un magnifique manguier ; c'est l'époque de la floraison. Vers la fin de l'après-midi, les villageois rentrent des champs mais il fait
nuit noire quand Thérèse nous apporte le thé.
Et le mot de la fin (de cet article) appartient au sage inconnu qui a écrit sur les murs du dispensaire :
Peter et Maguy travaillent d'arrache-pied sur les comptes
Les enfants de l'école de Bernin ont transmis une superbe guirlande en signe de
solidarité : on va l'accrocher dans la salle de consultation !
Transport de lait en poudre pour le centre nutritionnel
Sous l'oeil de son stagiaire, fils d'Elysée, et de Taradoungué, infirmier NDoringar pratique l'extraction d'une molaire sur un jeune homme. L'anesthésique n'agit pas suffisamment, le pauvre
garçon souffre beaucoup.
Les infirmiers on été formés par un dentiste venu de France. Dans nos bagages, nous avons transporté des instruments pour Nara, don d'un dentiste grenoblois à la retraite. Qu'il soit ici remercié
!
Marchande de patates devant le centre
Patiente, dans tous les sens du terme !
Il faut s'orga
niser dans l'attente!
Les malades viennent parfois de loin ; alors, ils s'installent sous les arbres pour attendre qui, une naissance, qui, la fin d'un traitement ou d'une surveillance. Ainsi, cette jeune femme
en jaune, accompagnée de sa famille patiente sous son arbre depuis plusieurs semaines : son enfant n'est pas pressé ; ou ce petit garçon au capuchon (ci-dessous), que je terrorise
chaque fois que je m'approche de lui.
Récemment, le centre de Békamba a dû faire face à un nombre important de cas d'anémie pernicieuse ; l'équipe a réalisé 207 transfusions sur des enfants gravement anémiés ; cette anémie souvent mortelle est liée au paludisme endémique. Le centre de Békamba peut, grâce à
son laborantin, Laoundigui, et ses infirmiers chevronnés, réaliser en urgence les analyses de compatibilité sanguine, prèlèvements sur les parents et transfusions sur les enfants. Les trois
autres centres qui ne peuvent pratiquer les analyses, "réfèrent ", comme dit Maguy, les petits malades à Békamba. C'est ainsi que de nombreux enfants ont pu être sauvés. Maguy
et son équipe sont, à juste titre, fiers du travail accompli.
C'est ici que tout a commencé en janvier 81.
Dans cette ancienne école désaffectée, Maguy et son équipe (Yemingaye, Laoundigui, Kar, Moundjangar ainsi que Neranbaye Bernadette et soeur Hélène Robin) ont soigné leurs premiers
malades et vacciné les enfants.
La consultation :
on s'inscrit auprès de l'employé aux
écritures
Chaque vendredi, Maguy assure la consultation des malades du sida et des séropositifs.
En haut, à droite, Laoundigui, laborantin, chef du projet sida.
Ci-dessous, Elysée, le caissier
et Bemadjita, notre gestionnaire
:
Ce blog est consacré à l'action de Maguy Nigri au Tchad et à l'Association grenobloise pour la Promotion de la Santé Villageoise au Tchad qui la soutient ainsi que les équipes sanitaires des 4 centres de santé de la région de Békamba
"C'est une chose dont on ne peut se défendre que cet étonnement imbécile qui vous prend à considérer les gens vivant où nous ne
vivons point et passant leur temps à d'autres affaires que les nôtres."
Flaubert Voyage en Bretagne
Par les champs et par les grèves
Garde les yeux ouverts /Sur la moisson traversée/Recule les frontières de ton
jardin/Laisse les eaux se perdre/Et les coeurs s'absenter Si les jours égrènent ce qui sépare/Il te reste ce qui
est
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