Historique de l'APSVT

Mardi 29 avril 2008

L'action du Dr Maguy Nigri et de son équipe à Bekamba (Tchad)

Le Dr Maguy NIGRI était pédiatre à Echirolles (38) lorsqu'en 1979 elle décida de se consacrer à une action sanitaire au Tchad.  Avec le concours de ses amis, dont plusieurs médecins, elle fonda une association, l'APSVT (Association pour la Promotion de la Santé Villageoise au Tchad) : " Je pars, mais vous me soutenez moralement et financièrement."

Après un séjour à l'hôpital de Goundi qui lui permit de mieux évaluer les conditions d'une action efficace, elle décida, avec 5 infirmiers tchadiens de travailler en milieu rural, répondant ainsi à une demande de la population de Békamba, village situé dans le sud du Tchad. Il y avait un défi à relever : on connaissait trop d'exemples de médecins dévoués dont l'action s'était estompée dès leur départ; il fallait adapter la pratique médicale au contexte local.

  Elle voulut partager pleinement la vie de la population, notamment sur le plan de l'habitat et de la nourriture.

Avec son équipe, elle ouvre alors un dispensaire, elle met en place un programme de consultations non seulement curatives mais aussi préventives : dépistage des risques chez la femme enceinte et surveillance de la croissance des enfants de 0 à 5 ans. Elle organise les campagnes de vaccination contre la tuberculose, diphtérie, tétanos, coqueluche, rougeole et polio. 

En novembre 1983, une campagne antitétanique débute. Le docteur et son équipe organisent dans chaque village une réunion destinée à informer la population sur la maladie. Hommes, femmes et enfants viennent nombreux aux séances de vaccination faites dans chaque village. Le but est d'atteindre 90% de la population, d'éliminer le tétanos en deux ans. 8 000 adultes, 2 000 enfants et 1 600 femmes enceintes bénéficient de cette action.

Le 5 décembre 1983, le travail de l’Equipe est récompensé par la remise du Prix International des Droits de l’Homme par le journal La Croix l’Evénement. A  partir de 1985, ll n'y a plus de tétanos néonatal ni d'épidémie de coqueluche... L'UNICEF rend visite au dispensaire de Bekamba pour encourager toute l'Equipe.

En 1987, l'Etat tchadien demande à l'Equipe Sanitaire de participer à une campagne nationale de vaccination. Un secteur de 50 000 habitants dont 6 000 enfants de moins de cinq ans et 1800 femmes enceintes est confié à l’Equipe de Bekamba, qui surveille également la diététique des enfants et des femmes enceintes.

En 1989 et 1990 des bénévoles de l'APSVT organisent et supervisent la construction "en dur" du dispensaire de Bekamba où sont assurés des consultations curatives, des consultations préventives (consultations prénatales, consultations préventives des enfants de 0 à 5 ans) et des accouchements. Les principales pathologies rencontrées sont le paludisme, les infections respiratoires aiguës, les diarrhées et les infections sexuellement transmissibles.

Puis est créé un Centre Nutritionnel qui permet aux mères d’être formées afin que soient évités les carences et les problèmes des enfants malnutris. L'APSVT en finance la construction.

Devant la réussite de l'action du Dr Maguy Nigri, et son insertion dans le milieu rural, le gouvernement tchadien lui confie pendant plusieurs années la supervision des 14 Centres de Santé du district de Koumra.

C’est pour permettre une meilleure accessibilité aux soins pour les villageois, que l’Equipe, avec l'aide financière et humaine de l’APSVT, entreprend la construction de nouveaux dispensaires : celui de Peni (à 13 km de Bekamba) en 1993,  et celui de Bangoul‑Yomi (à 9 km de Bekamba) en 1996. Enfin, en mars 2007, le quatrième dispensaire est ouvert à Nara (à 10 km de Bekamba). Une importante subvention de l'Ambassade de France à N'Djamena ainsi que  le concours du Père Corti, le curé de Bekamba et de quelques-uns de ses amis en ont permis le financement et la réalisation.

Tous ces nouveaux dispensaires fonctionnent selon les principes qui ont fait leurs preuves au dispensaire de Bekamba. Les consultations sont nombreuses, jusqu'à 100 nouveaux cas par jour pendant la saison des pluies (juin à octobre). Trois patients sur quatre sont des enfants.

Au total, l'action des quatre dispensaires couvre une population de 70 000 personnes, réparties sur 70 villages. Afin d’éviter à la population de trop grandes distances de déplacement à l'occasion d'actions préventives collectives (vaccinations, consultations prénatales etc.), des Postes Avancés sont mis en place dans des villages éloignés.

Actuellement l'Equipe est composée d'une trentaine de personnes dont huit infirmiers, quatre matrones (sages-femmes), un gestionnaire et un caissier. Le personnel auxiliaire est réduit au strict minimum (aides-soignants, commis d'écritures, sentinelles, manœuvres). Le Dr Maguy Nigri est le seul médecin sur place. Tous les infirmiers sont diplômés d'établissements spécialisés et reconnus. Des actions de formation continue sont régulièrement organisées pour l'ensemble du personnel soignant (infirmiers, matrones). Le Dr Maguy Nigri y attache une importance particulière et s'investit personnellement chaque fois qu'elle le juge nécessaire. Elle séjourne sur place 8 à 9 mois sur 12.

Pour faire face aux dépenses (salaires du personnel, achat de médicaments), les malades s'acquittent d'une participation financière aux consultations. En 2007, le budget de fonctionnement des quatre dispensaires s'est élevé à environ 116 000 € et les recettes des dispensaires ont couvert près de 40% des dépenses. Grâce au soutien d'environ 400 membres répartis sur toute la France, l'APSVT assure régulièrement l'apport financier complémentaire indispensable. L'APSVT veille directement à la transparence de l'utilisation des fonds. Basée exclusivement sur le travail de bénévoles, ses frais de fonctionnement  sont négligeables.

Des micro projets ont vu le jour dont  celui agro-sylvo-pastoral où un groupement de cultivateurs s'est associé à Moundjangar (chef du Centre de Santé de Peni) pour cultiver, reboiser, faire de l’élevage sur une terre communautaire de 35 hectares. 

En 2005, le Dr Maguy Nigri a démarré un projet de lutte contre le SIDA qui s'adresse à la population des secteurs sanitaires dépendant des quatre dispensaires. L'objectif est de diminuer de 20% le nombre de nouveaux cas en cinq ans. L'action se développe selon quatre axes spécifiques : informer et éduquer tous les jeunes de 10 à 25 ans, informer tous les villageois sur la séropositivité et le dépistage volontaire, prévenir la transmission mère-enfant, prendre en charge tous les séropositifs et sidéens. Ce projet a rencontré un très grand succès, mais souffre d'un manque chronique de moyens financiers. L'APSVT ne peut actuellement en assumer toute la charge financière et recherche des subventions publiques et des dons privés supplémentaires. En 2007, les dépenses de fonctionnement ont dû être limitées à 6 800 €, alors que le Dr Maguy Nigri avait chiffré les besoins annuels à 10 000 €.

Le Président de l' APSVT (Association pour la Promotion de la Santé Villageoise au Tchad)

Peter Seyfert

 


Par Chris
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